« ce qui est posé est mat » — Roland Barthes
Mes textes sont obscurs, bardés de noms, comme un rôti ficelé de références.
Vouloir atteindre au mat. À défaut que la matière brute soit première, la rendre brute. Que le fond soit relatif. Que ce ne soit qu’à force de saturer l’horizon de transparence qu’on en obtient l’obscurité. La nuit est pleine de lumières.
En un sens, j’écris pour transmettre ma propre incompréhension. Pour passer à d’autres cette découverte du mat. Comme on passe une malédiction. Qui condamne à voir.
La perception comme damnation. Vous le verrez, c’était sous votre nez.
Apprenez à moins voir, à voir plus près. Quand votre regard deviendra bigle, alors vous comprendrez qu’à moins voir, on voit mieux. Plus. Plus intensément.

la limite
Où se trouve la tranche du sens ? Il existe un lieu tranchant du sens, un lieu que borde et cerne la souffrance. Un lieu de vitesse et de vecteur, d’affect sur lequel il faut chevaucher sa joie.
Il existe une crête du sens, et c’est le lieu de la tempête. Le lieu où l’on est le plus loin. Quand les neiges vous fouettent au milieu de rien, que vous avez froid loin de tout. Avant que le vent ne tombe, et que revienne le monde.
Avant de rire de voir que vous viviez votre tempête sur le pas de la porte.

Cette découverte d’accident : accidentelle et découvrant les accidents de la langue. Découvrant l’analogique, ce qui échappe à tout codage comme dirait l’autre.
La hantise de l’ingénieur du son, le bruit : les gémissements de Keith Jarrett, les marmonnements de Glenn Gould, les consonnes de Barbara, les percussives d’André Dussollier.
Le fond du monde est bruit, mais que le bruit est densité de sens. Sens saturé.

l’idiot
« Est-il possible d’échapper à la malédiction de la connaissance ? » — Léon Chestov
« Apprenez à ne pas comprendre »
On nous a tellement enseigné à devoir comprendre que même au moment où je parle d’arrêter, on se dira encore trop rapidement : évidemment, il faut d’abord accepter de ne pas comprendre si l’on veut bien comprendre.
Et la formule ne refuse pas cette interprétation. Mais plus profondément, rien du tout.
Plus profondément, il faudra arrêter d’essayer de comprendre. D’interpréter. De retrouver le sens. Tout est déjà là. À la surface.
Littéralement et dans tous les sens.
