Concertino pour flûte et orchestre, de Cécile Chaminade

LUI — Finalement une flûte, c’est juste un tuyau.

ELLE — Pardon ?

LUI — Non, je dis, finalement, une flûte et un tuyau, c’est pareil.

ELLE — Ah non. Prenez un tuyau par exemple. D’arrosage. C’est plein d’eau. C’est à ça qu’on reconnaît un tuyau. Tandis que vous prenez une flûte, vous l’ouvrez, c’est plein de rien.

LUI — Ah non pas plein de rien. Une flûte, à l’intérieur il y a du son. Si vous avez une flûte avec du rien dedans, vous êtes pas près de faire de la musique. Si bien que le principal point commun entre une flûte et un tuyau, c’est qu’il faut qu’il y ait quelque chose dedans.

ELLE — Alors que moi je dirais plutôt que le propre de la flûte, c’est qu’on peut dire que ça se met dedans. Dans votre bouche. Pour jouer. Avec l’embouchure.

LUI — Comment dans la bouche ? On la met devant, la flûte. Sans quoi on entendrait rien. Un tuyau, oui ça se met dans la bouche. Si vous avez soif. Alors qu’une flûte vous allez vous étouffer.

ELLE — Bon alors soit. Vous prenez un tuyau en forme de flûte. Vous aurez beau mettre de l’eau dedans… c’est plein de trous.

LUI — Oui, mais vous les bouchez avec les doigts vos trous, ou avec les clefs.

ELLE — Voilà qu’il me parle serrure.

LUI — Mais non. Et puis personne vous parle de mettre de l’eau dans votre flûte. Une flûte ça se joue à l’air libre. On souffle et ça siffle.

ELLE — Et si on siffle, ça souffle ?

LUI — (pause) Je ne sais pas.

ELLE — D’ailleurs si ça siffle, y a qu’à siffler ? Au lieu de vous encombrer les doigts pour souffler dans un tuyau qu’a même pas d’eau dedans. Alors qu’il suffit de… (elle siffle)

LUI — Si on ne faisait que siffler, on pourrait faire autre chose avec les mains. On écrirait, on se tournerait les pouces, on prendrait la voiture. Vous avez déjà vu un flûtiste faire de la musique en voiture vous ?

ELLE — Parce qu’un concertino c’est de la musique ?

LUI — C’est comme un concerto mais en plus petit. Comme Bambino. C’est un petit Bambi.

ELLE — (pause) Comment ?

LUI — Le concertino, c’est de la musique à jouer à un seul pour orchestre. C’est du soliste entouré, si vous voulez.

ELLE — Ça fait solitude accompagnée votre histoire.

LUI — Disons que c’est du plusieurs pour tout seul.

ELLE — (pause) Donc c’est un soliste dans un orchestre ?

LUI — Non, devant. Comme la flûte.

ELLE — Oui sans quoi on entendrait rien. Donc un soliste. Devant un orchestre symphonique.

LUI — Ou harmonique. C’est comme symphonique mais sans les cordes.

ELLE — Ne dites pas cordes, ça porte malheur.

LUI — Seulement sur les bateaux.

ELLE — Et dans les théâtres.

LUI — Et lapin aussi.

ELLE — Et les femmes.

LUI — Et le vert.

ELLE — Personne n’a peur des lapins.

LUI — Ni des théâtres.

ELLE — Alors qu’on peut avoir le mal de mer.

LUI — C’est parce qu’il y a de l’eau dedans, ça.

ELLE — (ironique) Oui. Et puis quand vous croisez une canalisation vous avez le mal des tuyaux ?

LUI — J’ai pas plus le mal de flûte en concert hein.

ELLE — Dites…

LUI — Ne vous fâchez pas va, je vous offre un verre de champagne.

ELLE — Très bien, mais alors dans une coupe.

Présentation du concertino pour flûte et orchestre de Cécile Chaminade écrite en 2015 avec la collaboration de Louise Morel et Léo Papet