Hymne orphique

Il est descendu — âme terne et pesante, souillé de son deuil — attrister les morts, gonfler le Cocyte de sa lyre sous sa main lourde et fleurie. Arrachant d’Aïdoneus une promesse.

Déesse gracieuse, dryade loin de ton chêne passé l’Hadès. Hâve et tendre aulonide, jeune, déjà blafarde. Livide parmi les livides au champ des Pleurs, la bouche bleuâtre et sans souffle. Perdue entre les âmes, devant : sa pèlerine de nuit pour lueur. Fermant hésitante votre modeste cortège qu’il hâtait en silence. Le pas gauche incertain, douloureuse encore et meurtrie. Vous regardant partir, quelques Élyséens s’effaçaient dans la brume.

Des asphodèles poudraient au lin de ta robe trempant dans la poussière du chemin. La plaine avait cendré tes pieds lavés d’huile et de parfums. Trébuchants sur la gorge maigre et fragile, sillon flanqué d’une roche haute et marbrée, bleue. En bas un torrent charriait vases, bijoux, armes, oboles derrière l’aviron du nocher.

Seuls, la crête fumait vos silhouettes d’argent, tes pas égarés dans son sillage. Lentement, le sentier s’adoucissait sur le gouffre, il ondule et s’élève entre les pousses timides. Les premières haleines chaudes défont tes cheveux en boucles vertes. À ta peau la grisaille se démêle, le sang tonne à tes jambes. Tes lèvres retrouvent la grenade, ton cou l’ivoire. Tes yeux grands et noirs, nichés à ton visage comme des icônes creusent la nuit, s’ouvrant comme soleils levants. Glissant des ténèbres, la gorge flambante de lamelles d’or, glorieuse aux bras blancs.

Toi sur qui le fils impatient de Calliope se retourne, ombre aux portes de l’Averne que l’obscurité ravale. Eurydice,

Deux fois périe